L’étrange polémique des cloisons

Oui, quelle étrange polémique.

Tout commence par une photo, prise par un bloggeur, qui semble témoigner de réaménagements in-orthodoxes dans certaines loges du Palais Garnier.

L’information est reprise par plusieurs média, en premier chef par Forumopera.com qui trouve en son directeur de la publication, Sylvain Fort, un observateur très (trop ?) attentif aux vicissitudes de la première maison de France.

Celui-ci – sortant de sa réserve journalistique – décide de mener campagne et de lancer une pétition. Or, un journaliste – fut-il simple commentateur culturel – peut-il prendre part activement à des débats que sa publication doit, par ailleurs, traiter avec distance et neutralité ? On touche ici à un sujet inexploré : l’éthique journalistique s’applique-t-elle à la presse spécialisée – dont les acteurs ne sont pas dépositaires d’une carte de presse, en ignorent les codes et se permettent, donc, d’endosser la cuirasse du journalisme militant. Le débat mérite d’être abordé.

Cette pétition, dont je craignais qu’elle récolterait une petite centaine de signatures, d’amis bienveillants, aura fini par convoquer pas moins de 30.000 âmes déterminées à empêcher l’Opéra de Paris de défigurer ses loges.

Qui a signé cette pétition ? Pas moi – le sujet ne me mobilise pas, je n’y peux rien – mais des personnalités de premier plan, des abonnés, des amis des beaux arts, des quidams – en somme. Et quoi qu’en pense l’Opéra de Paris, 30.000 signataires, ce n’est pas anodin.

L’intervention de l’Académie des Beaux-Arts a été déterminante. Voilà qu’une autorité culturelle au-dessus de tout soupçon se positionne immédiatement en faveur de l’arrêt des travaux. Hugues Gall – lui-même académicien et ancien directeur de l’Opéra de Paris – signe dans le JDD une tribune tempétueuse, malheureusement totalement discréditée par l’absurdité révoltante de son titre : « Les barbares ne sont pas qu’à Palmyre ».

Sans commentaire.

Depuis plusieurs jours, l’Opéra de Paris tente de s’expliquer. Disons qu’à mes yeux, elle le fait mal. Les communiqués qui circulent sont un peu abscons et manquent d’assertivité ; or quand il s’agit d’accords de la DRAC et de validation de l’architecte des monuments et sites, il ne convient pas de balbutier de vagues périphrases, mais d’être clair : les autorisations ont-elles été données de manière ferme et définitive ? Oui ou non.

D’autre part, l’Opéra de Paris souligne la grande mauvaise foi de Forumopera qui, il est vrai, est peut-être trop impliqué dans le dossier pour continuer à le commenter avec la neutralité nécessaire.

Il est triste de constater que deux camps qui – finalement – œuvrent à la sensibilisation des masses à l’art lyrique, ne peuvent pas s’entendre sur une problématique aussi prosaïque qu’une cloison de loge.

La faute à Forumopera.com qui, dès l’arrivée de Stéphane Lissner, l’a accueilli avec un « Feuilleton de l’été » potache et dont l’intrigue – un peu trop souvent – prêtait aux personnages des turpitudes d’un raffinement très relatif. Voilà de quoi crisper un directeur fraîchement arrivé.

La faute aux équipes de l’Opéra, dont la communication peine à trouver les angles qui rendront certaines démarches de la maison moins antipathiques au regard des observateurs extérieurs.

Aujourd’hui, j’espère qu’un nouveau dialogue avec les équipes de l’Opéra de Paris pourra être mis en place – et des signes très encourageants sont porteurs d’espoir -, pour qu’un peu de pédagogie puisse être faite, de leur part, autour de ces loges. Que les communiqués abscons laissent place à des explications plus claires, accessibles à tous et que Forumopera pourra relayer en toute bonne foi.

D’ici là, j’aimerais respectueusement demander à certains collègues d’une importante radio française de ne pas appeler à l’interruption des débats, au titre de leur extrême futilité en regard des drames que traverse la France.

Forumopera.com – comme l’Opéra de Paris – a rendu un hommage sincère aux victimes de ce terrible vendredi 13. Depuis, la vie a repris dans la cité. On sort faire ses courses, on va au cinéma. Et, dans les cafés, sur les sites, jusqu’à l’Assemblée Nationale, on débat de choses qui – au regard des tragédies qui font trembler quotidiennement notre planète – semblent bien frivoles. Poursuivre ce geste démocratique qui consiste à débattre de choses graves et moins graves, ce n’est pas faire insulte aux victimes des récents attentats. C’est poursuivre le cours normal d’une vie en société, c’est faire précisément, ce que le terrorisme souhaiterait voir abdiquer.

Entendons-nous là dessus, au moins.

 

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Quatre moments fous de l’opéra italien

01. Caballé dans le finale de Don Carlo

Surnommée « La Furbissima » par les mélomanes milanais, Montserrat Caballé s’est illustrée tout au long de sa carrière par une propension militante à faire le moins d’efforts possibles sur scène. Registre aigu limité, timides appoggiatures, engagement scénique minimaliste ; clairement, la diva catalane a tout misé sur un timbre de miel et sur une faculté proprement démentielle à distiller des notes filées censément extatiques (sans compter sa personnalité débonnaire de Mamy qui donne des bisous qui piquent). Seulement – parfois – la nonchalante matrone bouffait du lion et des barres protéinées. Ainsi, ce beau soir d’avril 1972 au Met. Franco Corelli peine à trouver ses marques dans un rôle dont il connaît pourtant tous les recoins ; arrive le finale où l’Infant est tiré du monde des vivants par une incarnation spectrale de son grand père Charles-Quint et où la Reine – ébaubie – pousse un aigu terrible censé marquer sa stupéfaction. Il faut dire, à sa décharge, que non seulement son amoureux disparaît sous ses yeux, mais qu’il est enlevé par le fantôme d’un homme qui, tout de même, a été peint par Le Titien. L’aigu de Caballé semble interminable. La foule exulte.

02. L’ingénierie musicale de Rockwell Blake

Ce qui rend le ténor américain si attachant, c’est qu’il a toujours été très conscient de l’incongruité de ses moyens. Son timbre est laid, nasillard, blanc et, curieusement, il tend à s’érailler dans le grave. Par contre, sa technique – elle – est absolument sans limite. Un peu comme si, chez les pianistes, le son si terne du jeune Brendel avait épousé la technique apollinienne de Michelangeli. Avant d’accepter un rôle – au lieu de se borner à réfléchir s’il état capable ou non de le chanter – Blake examinait attentivement ce qui dans la partition lui permettrait d’être véritablement époustouflant. On pourrait s’agacer d’une telle coquetterie, mais on est ici dans le belcanto romantique où l’orthodoxie occupe une place aussi importante que les oeuvres complètes d’Immanuel Kant dans la bibliothèque d’un lanceur de poids Sud-Coréen. Ainsi cet air de l’Occasione fa il Ladro. Un simple aigu conclusif alors que l’orchestre joue decrescendo puis termine par une charge vrombissante. Blake se dit qu’il serait épatant de lancer son aigu – tonitruant – de descendre sur le fil de la voix parallèlement au decrescendo de l’orchestre puis, sur la charge finale, de remonter à pleine puissance. On essaie encore de l’imiter dans les écoles, mais sans grand succès.

03. Maria Callas qui tutoie Eschyle

On dit que pour la Côte-Rôtie, 1955 fut une excellente année. Maria Callas, cette année-là – sans les arômes de banane et de mûre de Cayenne – n’était pas mal non plus. Ce trio conclusif du premier acte de Norma – réunissant la Divina, le ténébreux Mario Del Monaco et l’orageuse Giulietta Simionato – est probablement la page d’opéra enregistrée la plus digne d’être vénérée par une lyricomane bagué et roucoulant. Leyla Gencer avait raison de dire qu’on trouvait dans la voix de Maria Callas l’héritage des tragédiens grecs, ce que Visconti identifiait – lui – dans son geste, dans l’utilisation minimaliste de ses interminables doigts, qu’elle posait sur son buste ou contre sa joue et qui avaient valeur de sentence. Dans ce trio, il y a ce contre-ut surnaturel improvisé par Callas dont le dramaturge Terrence McNally parle avec une extase suspecte et presque salissante dans la pièce Master Class. Ce qui est surtout frappant chez cette Callas là, c’est son assise dans le grave, ce socle terrien d’une épaisseur incongrue, cet accent particulier qui confère à la tragédienne une autorité que chercherait vainement le plus viril, le plus terrible des rois. Enfin, il y a ce swing, cette manière d’échapper brièvement à la ligne, dans un déhanché de panthère, qui impose sa domination absolue à tous les éléments qui l’entourent. Un manifeste, en somme, qui relativiserait la notion-même de virilité au profit d’un féminin triomphant.

04. La cascade de Luciano Pavarotti

Les voix légendaires ont ceci de particulier qu’on aime faire circuler sur elles des histoires cocasses. Luciano Pavarotti qui était un très brave homme, au sens le plus noble du terme, se sera contenté de voyager partout avec son cuisinier préféré et d’organiser des concerts pachydermiques aux allures de rassemblement des JMJ. Sa condition physique, hélas, n’était pas optimale et on raconte qu’à la fin de sa longue carrière, pour passer de cour à jardin, une voiturette de golf l’attendait en coulisse. Ainsi le voyait-on lancer au baryton « bouge pas toi, je vais te faire la peau », sortir de scène et apparaître miraculeusement de l’autre côté, le sabre à la main et l’écume aux lèvres. À deux reprises cependant le surprit-on à effectuer une cascade. D’abord, dans l’inoubliable film « Yes, Giorgio » où Pavarotti joue le rôle d’un ténor italien qui perd sa voix et qui tombe amoureux de la blonde américaine chargée de sa rééducation. Le dialogue de la chambre à coucher reste célèbre :
– Pamela, you have to swear you will never fall in love with Giorgio.
– Yes, Giorgio (soupir).
Dans une longue séquence, Giorgio et Pamela survolent les paysages de Calabre dans la nacelle branlante d’une montgolfière. Une musique subtile de John Williams souligne la passion naissante entre les protagonistes. Voici la cascade : la montgolfière atterrit, Giorgio / Pavarotti entame un ample mouvement de jambe qui lui permettra de sortir d’un bond de cabri (coupure, plan suivant 🙂 Giorgio est sorti de la montgolfière, alerte et souriant.
Moins soft, la scène du cheval dans le Rigoletto de Ponnelle. Alors que Pavarotti vient de chanter un long duo d’amour avec Edita Gruberova (coiffée à cette occasion d’une perruque qui, jadis, a dû servir de rideau de douche à l’Inspecteur Derrick), Luciano doit prendre la fuite. Le voilà donc qui, du haut du balcon siffle son cheval et ajuste son saut en fixant sa monture qui sue à grosses gouttes (coupure, plan suivant 🙂 Pavarotti galope gaiement dans la campagne de Mantoue. Après, on relativise un peu les prétendues prouesses de Tom Cruise dans le dernier Mission Impossible.

Résistances, vous avez dit résistances ?

Forumopera.com, je l’ai dit récemment, touche chaque mois un lectorat plus grand. Par-delà la statistique, ce qui me réjouit c’est qu’une publication aussi légère du point de vue du modèle économique et des frais de fonctionnement, parvient à offrir gratuitement à des dizaine de milliers de lecteurs une information soignée, en flux tendu, sur l’opéra. Cela – notamment – grâce à des attachées de presse qui ont compris l’importance de la presse internet.

Être accrédités à Covent Garden, au Met, à l’Opéra de Paris, au Festival de Salzbourg, à Aix-en-Provence et à Glyndebourne, cela nous rend fiers. Je ne peux m’empêcher d’y voir une reconnaissance du travail opiniâtre qu’abattent nos rédacteurs. Que des personnalités telles que Cecilia Bartoli, Olivier Py, Dmitri Tcherniakov, Antonio Pappano nous accordent de longues interviews est aussi source de fierté.

Dommage, dès lors, que certaines maisons s’évertuent à déconsidérer les publications internet, au nom – disent-elles – du nombre de blogs existants. Comme si, au fond, il n’était pas possible d’ouvrir son browser préféré pour constater de ses yeux ce qui distingue une publication sérieuse du blog d’un anachorète délirant dont la conception de la transmission du savoir se limite à quelques bruits digestifs. L’argument reviendrait à opposer au patron d’une grand groupe de presse qu’eu égard au nombre de magazines existant, il est impossible de déterminer lequel du Nouvel Observateur ou du Bulletin des amis de l’église paroissiale de Ste-Blette-sur-Oise possède le plus d’abonnés.

Ces résistances nonchalantes ont ceci de navrant qu’elles se basent sur une sorte d’ignorance militante, à la fois du progrès, mais aussi des suppliques contondantes et argumentées qui leur sont opposées. Heureusement, ces cas sont rares et l’avenir nous donnera raison. Qu’il en soit remercié.

La mort aux toilettes

Il est chrétien de ne pas trop penser à l’heure de son trépas. C’est un moment que l’on ne fantasme pas avec des étoiles dans les yeux. Allez savoir pourquoi, cet événement, quand on se l’imagine, nous semble lointain et associé à des peaux parchemineuses, à un état de démence sénile réconfortant, à un peu de bave, peut-être. Pourtant, c’est connu, rien ne nous garantit de mourir vieux et sénile, anesthésié par les ans et porté par de généreuses doses d’anxiolytiques. La mort, au contraire, peut pointer son nez de manière totalement intrusive.

Le Grand Papy d’un de mes proches amis fut, par exemple, surpris sur les toilettes. C’est un peu prosaïque – et pourtant vrai – mais quand on s’acquitte de ce nécessaire exercice qu’est la défécation, une pression extraordinaire vient impacter notre boîte crânienne, favorisant l’explosion de vaisseaux. Ce n’est pas pour rien qu’Elvis, lui-même, y vécut ses derniers instants. Ainsi le Grand Papy de mon ami cher fut-il surpris dans cette inélégante posture par un accident vasculaire cérébral. Et bien que conscient pendant plusieurs jours, il dut s’armer de patience dans une position indigne d’un homme de sa mise avant que le Samu vienne le détrôner et l’installer dans un lit douillet où il eut à peine le temps de pousser son dernier soupir.

Croire qu’un matin une grosseur découverte au cœur du creux sus-claviculaire, qu’un médecin transformera sommairement en cancer terminal nous permettra, alité et correctement drogué, d’écrire de longs épîtres de réconciliation à la terre entière est une chimère agaçante. On peut déposer dans son cadis une boîte de betteraves rouges, être pris de vertiges, tomber le nez dans les laitues et s’en aller sans avoir rien pu exprimer, de ses remords ou de ses imprécations, à son entourage immédiat. On peut s’enfiler deux-mille pages du Comte de Monte-Christo et pris d’une méningite à méningocoques s’en trouver bien mal, convulsif, photophobe, la nuque raide et tout rater de la vengeance d’Edmond Dantès. Et ce n’est pas le curé dans son homélie édifiante ni la vieille dame qui serrera la main de votre maman en l’assurant de La Paix du Christ qui vous dévoileront l’indispensable conclusion de l’épais pavé.

Cette épiphanie m’est venue alors que j’essayais d’orthographier correctement le mot “conclave” dans un texto, dont le correcteur orthographique méconnaissait visiblement les subtilités de la papauté, fonçant droit – et de nuit – sur l’autoroute Cologne-Bruxelles. Un lapin serait venu barrer ma route, j’aurais tenté de l’éviter et m’en serais trouvé broyé, démembré, brûlé-vif ou réduit à l’état de purée Blédina qu’un pompier sous-payé aurait décollé de la chaussée à l’aide d’une spatule. Et maintenant j’ai dans le coeur une tristesse affreuse.

Ayatollahs de la tonalité ?

stockhausen-cosmic_pulsesKarol Beffa publie sur son wall un article d’Olivier Bellamy à propos de la réponse (brillante) apportée par Pascal Dusapin à la conférence de Jérôme Ducros sur le néo tonalisme. Conférence qu’il tint au Collège de France et dont Bellamy reconnaît lui-même qu’elle était peut-être maladroite (a minima). Bon. En élaguant un peu l’article, on met en exergue cette phrase : « [Jérôme Ducros] a le droit de s’exprimer » et, par voie de conséquence, Dusapin a tort de lui chercher des poux. Bien. C’est basique et ça ne mange pas de pain. Mais partant de cette cheville rhétorique qu’on me permettra de trouver simplette, ne serait-il pas logique – je ne sais pas, je spécule – d’offrir ce même blanc-seing allocutoire à Dusapin ?

Comprenez, le débat de la tonalité, aujourd’hui, n’est plus tenu par les héritiers de Boulez, de Scelsi, de Stockhausen – ceux-là ont compris que la musique a gentiment suivi sa courbe de croissance en tournant le dos aux dogmes amidonnés d’hier, sans pour autant pisser sur un héritage précieux et nécessaire. En revanche, il existe sur terre une bande d’excités pro-tonalité, pour qui la tonalité est un enjeu déterminant et qui, sous prétexte de participer à une bataille éteinte depuis des années, déverse sur le monde des tombereaux de simplisme, de raccourcis et de procès en sorcellerie qui, finalement, s’adressent à des compositeurs morts depuis vingt ans. Seuls, ils entretiennent une querelle qui n’intéresse plus qu’eux et dont la majorité des compositeurs en activité se lave les pieds. Ainsi me permettra-t-on de poser cette question un peu perfide : des hérauts de la tonalité, qui – réellement – a trouvé le chemin du public ? Qui fait salle comble ? Dusapin, pourtant, ou Boesmans, ou Saariaho, ou Eötvös – eux – sont fêtés – et bien au-delà des ghettos des festivals de musique contemporaine. Peut-être parce que face à leurs partitions ils se soucient plus de création que de querelles d’écoles ?

Olivier Bellamy rappelle que Beffa et Connesson « sont méprisés par l’avant-garde ». Sans m’exprimer sur leur musique que je connais mal, n’est-il pas hâtif d’imputer ce mépris à leur seul positionnement sur l’échiquier de la tonalité ? Se pourrait-il – peut-être – qu’on n’apprécie sincèrement pas leur travail ? Politiser son désamour, n’est-ce pas surtout s’épargner des interrogations plus douloureuses ?

La violoniste, le douanier et le Consul Honoraire

L’Europe est un drôle d’endroit où il ne fait pas toujours bon être musicien. Ainsi, la violoniste japonaise Yuzuko Horigome s’est-elle vue saisir son instrument, d’une valeur estimée à 1 million d’euros, par l’office des douanes allemandes dignement représentée par un douanier zélé et moustachu au prétexte qu’elle n’avait pas déclaré ledit instrument audit officier zélé.

L’histoire serait cocasse si les douanes allemandes n’entendaient pas garder le précieux Guarnerius de Gèsu jusqu’au paiement complet d’une pénalité fixée unilatéralement à 190.000 euros. En attendant, nul ne connaît le sort de l’instrument qui, pour peu, se retrouvera entre les mains de l’enfant du douanier, une revêche petite blonde assurément prénommé Gunhilde, qui le soumettra à ses exercices de gammes, les doigts enduits de Nutella et de Pastaschlumsi.

À quelques encablures de là, dans une ville Belge ou Suisse, on apprend qu’un célèbre directeur d’orchestre est nommé, en sus de ses prestigieuses fonctions, Consul Honoraire de France auprès de ses administrés. Or, on ne m’empêchera pas de dire que si la France avait dirigé ses velléités honorifiques vers madame Horigomé plutôt que vers Monsieur X, celle-ci aurait pu passer la douane allemande l’esprit tranquille, grâce à son passeport diplomatique. Elle aurait même pu la passer en sifflant, en faisant des acrobaties — un triple salto arrière — elle aurait pu adresser au fameux représentant de toute autorité un geste de la main, l’invitant à aller se faire cuire un oeuf, elle aurait pu lui tirer la barbe, lui pincer les fesses. Elle aurait même pu passer la douane avec sa collection complète de bugles, en en jouant et en lâchant des colombes comme Rémi Brica, l’homme orchestre qui a echanté six générations d’enfants avant de finir en prison pour recel et abus de biens sociaux (information fantaisiste participant au relief du flux narratif).

Mais ce n’est pas Madame Horigome le dépositaire du précieux passeport diplomatique. Plutôt que de confier cette charge à une violoniste en péril, voilà que la République accable un besogneux officier culturel, déjà bien occupé. Celui-là même qui déjà bataillait contre des syndicalistes hirsutes et malodorants, de cette gauche répugnante qui entend sentir le saucisson et le café au lait. Voilà en plus qu’il devra les recevoir coiffé du tricorne cérémonial et harnaché d’une croix de malte, épinglé de mille décorations et moulé dans son costume de Grand Officier dessiné par Orlando di Lambertazzi (voir notre illustration) ? La simplicité qui lui était chère est désormais un lointain souvenir, car ses employés doivent à présent quitter son bureau à reculons, en pleurant et en affichant un air de grande et de sincère terreur. C’est l’étiquette qui le veut. Quel embarras ! Partout — chez Carrefour, chez Franprix, chez Monsieur Bricolage — un garçon d’écuries suivra l’habile Diplomate avec un brouette remplie de médailles méritoirement acquises dont il ne pourra jamais se déparer de peur d’offenser la République.

Deux destins contrariés, impactés par l’Europe des administrations qui ne sait plus quoi inventer pour compliquer l’existence de ses valeureux citoyens.

Mary Poppins et les saucisses

Dans Mary Poppins, le célèbre film de Robert Stevenson avec July Andrews et le désopilant Dick van Dyke, une scène a récemment frappé mon attention. Il s’agit de la première escapade du ramoneur, de Mary et des enfants dans le monde imaginaire. Paysage champêtre — veston rayé pour monsieur, ombrelle pour madame — un petit pont sous lequel s’ébroue un cours d’eau, des arbres à la gouache, les enfants sont heureux et tous chantent. La rivière enjambée, Mary et son entourage se retrouvent à la ferme ; là les animaux se réunissent autour d’eux et participent à la liesse générale en entonnant un couplet chacun. Le gros cochon tout rose, avec son oeil coquin, la poule hirsute, le cheval goguenard, les oies, les petits moutons — tous chantent. Un enfant, qui était sur mes genoux, s’amusait à nommer chacun des animaux.

– Oh, cochon !
– Oui, un cochon.
– Oh, vache !
– Oui, une vache !

Puis, la fonction avérée des animaux de ferme m’apparut en une épiphanie. Le cochon, qui chante là, c’est au fond une saucisse en devenir. Dois-je en informer mon petit compagnon qui gatouille ? Et la poule, si joviale, sait-il qu’on va la ranger dans une batterie, lui couper le bec et lui arracher les oeufs du cul avec des tenailles ? Le cheval, trop vieux, traîné aux abattoirs, sa viande rance de bête usée broyée à l’usage des chats et ses os servant de base gélatineuse à de délicieux déserts ?

Pourtant, tous chantent, et mon petit ami bat des mains. Preuve qu’il est préférable, quoi qu’on en dise, d’aborder l’univers de Disney par le truchement d’une lecture bornée, au premier degré et — si possible — infantilisante. Les cochons n’en seraient pas moins saucisse, mais l’allégresse n’en pâtirait pas.

Natalie Dessay et les fesses d’Anna Moffo

L’opéra, comme l’aéronautique, comme la chimie minérale, comme la prothèse dentaire est un genre en constante évolution, il gravit d’année en année chacune des nombreuses marches qui le sépare de l’absolue confort.

On note évidemment une évolution de confort qui, pour prosaïque qu’elle soit, rend moins pénible l’audition d’improbables opéras de Vivaldi en soixante actes où fleurissent d’interminables mélopées flanquées de da capos.

Par exemple, le velours des fauteuils est plus moelleux et en y posant les fesses, la plupart des lyrycophiles ignore que ceux-ci sont recouverts d’une patine ralentissant le processus de la phlébite. Les sous titres, en gros caractères rendent la compréhension d’intrigues biscornues nettement mois périlleuse. Les pages des programmes sont à présent garnis de fines lattes de coton qui rendent leur tourne moins tonitruante, des brouilleurs d’ondes parviennent même à transformer en doux gazouillis le bruit d’ouverture du proverbial bonbon pour la toux sur lequel s’acharnent des générations de vieilles dames. Bientôt l’Opéra de Tourcoing à l’occasion d’une nouvelle version du Ring, installera des bassines d’aisance directement sous les sièges pour que les wagnériens congestionnés et apoplectiques puissent y déposer en silence, ce qui les embarrasse.

Mais là où l’évolution est tout à fait spectaculaire, c’est dans le jeu des chanteurs d’opéra. Avant, c’était simple, une grosse dame, généralement très laide, se mettait un peu au devant de la scène, elle levait péniblement ses bras adipeux vers les cintres et alors qu’elle s’époumonait, généralement en allemand, un ténor frisé, s’approchait d’elle en roulant des yeux et venait glisser dans son oreille, comme on se confesserait à un prêtre de vingt ans, ses dix mille décibels de soupe teutonne. Laquelle soprano, pas du tout perturbée par le cataclysme sonore qui vient de s’abattre sur ses tympans mortifères -et se pâmant un peu- rougit jusqu’aux sourcils, défaille et tombe d’ébaudissement dans les bras du ténor qu’un corset de contention protège de la paraplégie.

Non, aujourd’hui, c’est vraiment plus la même chose. Les stars de l’opéra ont la télé. Elles ont vu Charles Ingalls dans la Petite Maison dans la prairie dispenser son jeu « actors studio ». Il n’est donc plus question de faire des gestes, de se battre la poitrine, d’écarter les bras; aujourd’hui le succès repose dans l’économie de moyen, dans le clair-obscur, dans l’esquisse voire dans l’épure chorégraphique. Avant, un tempérament comme celui de Natalie Dessay, en mourant, eut été pris de violentes convulsions, de la bave eut coulé de manière torrentielle de ses lèvre purpurines et ses yeux seraient sortis de ses orbites comme des hochets frénétiques. Mais la mode s’y oppose. Voilà pourquoi Natalie Dessay, sur scène, meurt dignement, elle meurt sans bruit, peut-être pose-t-elle légèrement sa petite main sur sa poitrine, peut-être cligne-t-elle un peu des yeux, de guerre lasse. Mais c’est tout.

C’est pour cette raison que nos chanteurs d’opéras, devenus des acteurs à part entière, font sensation sur les grands écrans. De très nombreux réalisateurs font appel à leurs services. William Shimell par exemple donne la réplique à une Juliette Binoche pétulante dans la Copie Conforme de Kirostami. José van Dam campe du haut de sa réserve luthérienne un prof de chant monolithique dans le Maître de Musique et Ruggiero Raimundi dans La Vie est un Roman d’Alain Resnais campe un inquiétant aristocrate obsédé par les formes avantageuses de Fanny Ardent.

Les cloisons étanches de l’opéra cèdent de toutes parts : la formidable Malena Ernman bouge ses fesses avec frénésie sur une immondité pop à l’occasion de l’Eurovision, Renée Fleming dans Sesame Street danse avec des poules et des cochons, Luciano Pavarotti campe un latin lover improbable dans Yes Giorgio, l’un des films les plus involontairement hilarants du 7e art et Roberto Alagna est surpris à cuisiner des spaghetti pour une émission de télé. C’est à se demander si les chanteurs trouvent encore le temps de chanter.

Moi qui suis ostensiblement rétrograde, je regrette les temps où les chanteurs se contentaient de plaisirs simples et coquets, comme Anna Moffo qui montrait ses fesses dans des films lestes, peu dialogués, abusant légèrement des plans serrés. Il y avait là comme une classe éteinte que le jansénisme scénique de Natalie Dessay rattrape à peine.

Des Collectifs Berlinois et des Jeans Levis

Quand j’étais adolescent, le sésame, c’était d’avoir des jeans Levis. J’ai grandi dans une école modeste. Au mieux, on essayait d’avoir des Caterpillar ou des Timberland. Au tout début, vers 1992, le summum c’était la veste Chevignon. Aujourd’hui, à trente ans passés de quelques mois, je peux regarder en arrière et dire : j’ai eu une veste Chevignon en 1992, j’ai porté des jeans Levis ainsi que des Caterpillar. Il aura fallu attendre mon autonomie financière, malheureusement, pour les Timberland. Mon ami G, qui n’était pas vraiment mon ami mais qui parfois s’asseyait à côté de moi, était fort pauvre. C’est lui qui, un jour, me sensibilisa à la question des jeans Levis. En effet, G avait raison, dans la classe, les oligarques en portaient. Moi, je portais des jeans Lee. Pas même des Lee Cooper, juste des Lee. G, qui n’avait pas les moyens de s’offrir des jeans Levis, me regardait avec dépit : j’étais son cousin d’infortune, avec mon désolant jean Lee et mes fausses Caterpillar.

En 1993, ma maman m’acheta des baskets sur un marché, des baskets de la marque Joker. Des baskets sans lacets mais avec des scratchs, deux par chaussure, pour être précis. C’est Karim qui donna l’alerte à l’école, laquelle se tourna vers mes baskets Joker. Celles-ci étaient devenues l’attraction du moment. Penchés sur mon cas, mes petits camarades oscillaient entre la franche moquerie et une confraternité persillée de pitié. Inutile de dire que c’est la moquerie qui l’emporta. J’ignore ce qui, chez un adolescent, fait que la révolte prend forme, qu’un jour, la liberté des parents s’éteint au profit d’une forme de potentat sanguinaire, dans lequel le pubertaire duveteux installe son autorité absolue : ce sera le jean Levis contre une forme de tranquillité. Le discours informulé à l’adresse de ses géniteurs ne varie pas d’un cas à l’autre : “tu m’habilles dignement et en échange, tu ne me retrouveras pas tout bleu et poinçonné d’aiguilles hypodermiques, la langue pendante et les yeux révulsés sur un trottoir fendillé de la capitale”. Fair enough.

Avec le recul et du haut de mon expérience crépusculaire, je crois pouvoir accoucher d’une formule, d’un théorème aux vertus scientifiques inébranlables : l’obsession du jean Levis est inversement proportionnelle à l’extension du pouvoir d’achat. Plus on peut garnir sa garde robe de jean Levis, moins on en a envie. Aujourd’hui, mon camarade G, qui n’est pas vraiment mon camarade mais que je compte parmi mes amis Facebook, ne porte sûrement plus de jean Levis. Il est devenu le chroniqueur de la vie nocturne bruxelloise. Les attentes de ce milieu-là ne se nourrissent certainement pas du prosaïsme provincial du jean Levis. G est passé à autre chose, bien qu’il soit resté fort pauvre.

Une chose cependant demeure. À travers le temps, ce qu’on appellera le focus, change de branche. Mais le besoin d’identification demeure. Mon cousin demeuré, par exemple, a fréquenté une école de catholiques nantis. Il va de soi qu’il en est sorti tout formaté. Il porte cette spectaculaire coupe de cheveux “à mèche”, des vêtements onéreux fabriqués par des petits chinois, il a un scooter, parfois ses parents lui prêtent leur SUV, sa manière d’être de droite est odieuse dans ce qu’elle a d’ostentatoire et de méprisant pour le populaire, à 18 ans et alors qu’il n’a pas encore mis trois filles enceintes, il a la morgue de celui pour qui l’humanité et ses rouages économiques n’ont que des fulgurances. C’est pourtant mon cousin demeuré et non mon ami G, qui n’est pas vraiment mon ami, qui règnera sur le monde. Mais par-delà tout cela, son look, ses cheveux, sa dentition, l’ourlet-même de son pantalon de velours côtelé l’identifient à sa caste. Mon jean Levis me permettait d’appartenir à ceux dont on ne se moque pas, sa mèche ridicule l’identifie de facto à cette meute-là.

Mais ce n’est pas tout. Aujourd’hui, je fréquente parfois des jeunes bruxellois. Gay pour la plupart ou en tous cas, gay friendly. Ils sont jeunes, beaux, intelligents. Ils aiment l’art, le revendiquent. L’architecture les passionne et, mieux encore, l’urbanisme. Ils participent à des soirées qui, contrairement aux soirées de mon adolescence, ne sont pas animées par des DJs mais par des Collectifs Berlinois. Dans ces soirées, on trouve des installations. On se drogue aussi, beaucoup, pour colorer son Collectif Berlinois de teintes que la sobriété renverrait peut-être un peu à son hautaine médiocrité. Toujours est-il que ces jeunes créatifs, architectes, apparatchiks de l’intelligentsia commissionnaire européenne, avocats, poètes maudits, se distinguent tous par un goût commun du jean slim ponctué de petites tennis blanches et des lunettes Paul Smith. Cette uniformisation de leur dégaine les renvoie évidemment à leur moi profond, celui-là même qui se souvient des jeans Levis, celui qui crie, depuis les ténèbres de l’inconscient collectif, que l’adolescence n’est pas morte, que le sésame de l’acceptation de la meute doit encore être emporté, jour après jour, au prix d’une faculté d’identification vestimentaire immédiate. Ainsi se parent-ils de l’inconfortable jean slim et des tristes tennis blanches, ainsi chaussent-ils leurs nez d’énormes lunettes Paul Smith qui, demain, provoqueront l’hilarité de générations ultérieures promptes à railler ce qui faisait notre contemporanéité, comme nous n’eûmes pas plus de compassion pour les talonnettes à plateforme des Bee Gees.

Mais à me lire, on pourrait croire que j’ai tout compris, que moi seul refuse le moule, que je serais une sorte de Jack Kerouac de la lunette Paul Smith. Non, en vérité, il n’en est rien. D’abord, suivre les autres, c’est fatigant. Ca demande beaucoup d’attention, comme d’être défenseur au basketball, on ne reste pas tout penaud en pointe de formation, faut être sur le coup. Or je ne suis pas sur le coup. Puis, il est des modes dont on s’accommode plus ou moins bien. Quand, par exemple, j’ai essayé des lunettes Paul Smith, je me suis surpris à trouver en moi le sosie parfait de Golda Meir. Puis –plus cruel encore- il a fallu admettre que la rotondité de mon derrière ne me donnait pas immédiatement accès au jean slim. C’est donc ma constitution qui fut ici facteur d’exclusion sociale. C’est mon corps et non moi qui refusa l’adhésion. La constitution supplante la détermination plutôt qu’elle ne la corrobore. Triste monde, en vérité.

Michel, t’es pas beau

En 1999 il a fallu choisir son camp.

Michel Houellebecq avait tenu dans une publication quelconque des propos vaguement homophobes. Vaguement parce que, venant d’une homme qui disait son aversion de tous les bipèdes, l’homophobie ne l’emportait pas particulièrement sur l’islamophobie ou sur l’arachnophobie. Il est des auteurs qui, par posture, détestent un peu tout ce qui bouge. Ca participe à la multiplicité sociétale. On a les gentils et on a aussi les méchants. Le monde, ainsi, ne manque pas de repères. Seulement, en 1999, la presse gay avait la dent dure. Les années Sida lui avaient donné du muscle, de l’audience et une sorte de morgue avec laquelle il ne faisait pas bon plaisanter. Je me souviens de l’entrefilet de contre-attaque du magazine Têtu, vertement titré “Michel, t’es pas beau”.

Oui, en effet, sur la photo, Michel –pas gâté du ciel niveau faciès- tirait sur sa pauvre clope et portait au poignet un sac plastique, genre Super-U, avec dedans un peu de bibine et des Gitanes. Une tête de RMIste en fin de droits, à qui le mauvais alcool aurait offert aux yeux un jaune d’apocalypse hépatique. L’article l’agonisait d’injures, et se posait -un peu comme la presse Ultra– en garant de la bonne moralité. Un instant Têtu devenait Valeurs actuelles ou Radio Courtoisie. Un instant la révolution gay, celle encore toute ébouriffée des luttes salvatrices des années 90, s’installait dans les chaussons puants du penser-droit.

OK, Michel n’est pas très fin. Il compare les homos à une bande de sagouins qui s’enfilent dans les buissons.

Or les homos, c’est aussi les lecteurs de Têtu. Et ceux-ci s’enfilent peut-être dans les buissons, mais le font en sachant -par exemple- que le dernier film du célèbre cinéaste G. V. S. est un hommage à un film éponyme du célèbre cinéaste britannique A.H. et qu’il l’a religieusement recréé plan par plan, dans une sorte de vénération vaniteuse. Et ça, les buissons en turbinent autrement.

Toujours est-il que le noyau dure de la riposte gay a été relativement basique : on a dit à Michel Houellebecq qu’il était moche. Or ça, l’intéressé s’en plaignait dans chacun de ses livres, qui –en choeur- criaient la misère sexuelle et la privation de caresses. Tu parles d’un uppercut, que le Michel ça l’a même pas fait grimacer ! À la provocation jouette d’un misanthrope poids plume, la presse gay répondait comme une adolescente furieuse, de celles qui préfèrent à Platon ou à l’art subtil de l’électrophorèse se peindre les doigts de pieds pour faire trembler, non pas un buisson, mais la plage arrière de la Polo de Kevin.

Tout ça pour dire que si cette ordure de Dustan a ouvert –trop grandes- les portes d’un intellectualisme gay libertaire, ce n’est pas pour que ses cadets érigent au nom de leur communauté les murailles inébranlables où s’essaieront les ayatollahs de demain. Non Michel, tu n’es pas moche, tu es juste beau du dedans.