Il est chrétien de ne pas trop penser à l’heure de son trépas. C’est un moment que l’on ne fantasme pas avec des étoiles dans les yeux. Allez savoir pourquoi, cet événement, quand on se l’imagine, nous semble lointain et associé à des peaux parchemineuses, à un état de démence sénile réconfortant, à un peu de bave, peut-être. Pourtant, c’est connu, rien ne nous garantit de mourir vieux et sénile, anesthésié par les ans et porté par de généreuses doses d’anxiolytiques. La mort, au contraire, peut pointer son nez de manière totalement intrusive.

Le Grand Papy d’un de mes proches amis fut, par exemple, surpris sur les toilettes. C’est un peu prosaïque – et pourtant vrai – mais quand on s’acquitte de ce nécessaire exercice qu’est la défécation, une pression extraordinaire vient impacter notre boîte crânienne, favorisant l’explosion de vaisseaux. Ce n’est pas pour rien qu’Elvis, lui-même, y vécut ses derniers instants. Ainsi le Grand Papy de mon ami cher fut-il surpris dans cette inélégante posture par un accident vasculaire cérébral. Et bien que conscient pendant plusieurs jours, il dut s’armer de patience dans une position indigne d’un homme de sa mise avant que le Samu vienne le détrôner et l’installer dans un lit douillet où il eut à peine le temps de pousser son dernier soupir.

Croire qu’un matin une grosseur découverte au cœur du creux sus-claviculaire, qu’un médecin transformera sommairement en cancer terminal nous permettra, alité et correctement drogué, d’écrire de longs épîtres de réconciliation à la terre entière est une chimère agaçante. On peut déposer dans son cadis une boîte de betteraves rouges, être pris de vertiges, tomber le nez dans les laitues et s’en aller sans avoir rien pu exprimer, de ses remords ou de ses imprécations, à son entourage immédiat. On peut s’enfiler deux-mille pages du Comte de Monte-Christo et pris d’une méningite à méningocoques s’en trouver bien mal, convulsif, photophobe, la nuque raide et tout rater de la vengeance d’Edmond Dantès. Et ce n’est pas le curé dans son homélie édifiante ni la vieille dame qui serrera la main de votre maman en l’assurant de La Paix du Christ qui vous dévoileront l’indispensable conclusion de l’épais pavé.

Cette épiphanie m’est venue alors que j’essayais d’orthographier correctement le mot “conclave” dans un texto, dont le correcteur orthographique méconnaissait visiblement les subtilités de la papauté, fonçant droit – et de nuit – sur l’autoroute Cologne-Bruxelles. Un lapin serait venu barrer ma route, j’aurais tenté de l’éviter et m’en serais trouvé broyé, démembré, brûlé-vif ou réduit à l’état de purée Blédina qu’un pompier sous-payé aurait décollé de la chaussée à l’aide d’une spatule. Et maintenant j’ai dans le coeur une tristesse affreuse.

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