Laeken

Des tombereaux de mousse réchauffent le granit sous lequel tu décomposes tranquillement, sans demander ton reste. Et tes restes, qu’un caisson sans fenêtre sépare de l’appétit des vers, s’affaissent, non sous les ans, mais de désoeuvrement.
Ce ne sont pas les pleureuses qui pataugent dans ta boue, ni même cette bruine ironique qui cadrent ton absence. Ce n’est pas le râteau qui crisse ton gravier, ni la feuille morte -fade petite- qui impriment à ton trépas son carcan pathétique.
L’eau suinte de tes chairs, tes yeux bruissent de sècheresse et tes ongles qui poussent cherchent un prétexte à la tranquillité. Le bois de ton cercueil, comme un vin de champagne, a des arômes de banane et de myrtille.
C’est la mérule qui te dévore et qui bientôt tombera sur tes dents qui tomberont aussi, mais d’autonomie. Sous tes fesses, tout gondole et les humeurs abjectes qui te servent de socle ignorent si elles naissent de ta mort ou si elles s’en nourrissent. Te voilà bien crevé et voilà que crèvent aussi ceux qui se souvenaient. Te voilà bel humus, éphèbe détrôné, voilà tes fulgurances servant de sève aux arbres.

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