(Bref) Souvenir de la Cour d’assises

Il n’y a pas de manière simple d’expliquer l’expérience d’un procès d’Assises. L’épreuve physique d’abord, d’être soumis pendant quinze jours à un dossier de cinq mille pages auquel le magistrat donne vie, dans la logique de l’oralité des débats.

Le fait d’être brutalement soustrait à son existence, pratiquement du jour au lendemain. Entendre les « mais pourquoi tu as accepté ça ? Il fallait remettre un certificat médical ». Bon, tout ça, finalement, on s’en fout.

Je retiens le visage de la victime, barré d’un coup de hache. Je retiens les mots de sa soeur, ceux de sa grand mère. Je retiens la prise de parole des proches des accusés qui acceptent de se dévoiler entièrement pour tenter d’expliquer l’inexplicable ; pour aider à retrouver quelque part le visage de l’humanité. Je retiens ces parcours fracassés, ces vies de SDF qui ne sont même plus des miettes, l’abandon généralisé, la solitude, la violence, l’arbitraire et les substances.

Mais je retiens surtout ces avocates et les trois magistrats qui ont placé l’humain au cœur de ce grand rituel. Nos lois sont la trace imparfaite d’une détermination à refuser la barbarie. Qu’à l’arbitraire, on oppose la raison, fût-elle parfois absconse. Être le témoin de tout ceci, au milieu d’une assemblée de citoyennes et de citoyens animés de la même envie de faire société est une expérience bouleversante. À la fois destructrice et fondatrice.

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