ONB – Monnaie : redéploiement, fusion ou mariage arrangé ?

Chronique de Soir Première (le 24 septembre 2014)

En mars 2013, Peter de Caluwe – directeur de La Monnaie – organisait sa conférence de presse au Sénat, lieu un peu intriguant pour tenir ce genre de réunion quand on est à la tête d’un opéra et qu’on a par définition plein de salles à sa disposition. Son but était d’insister sur l’onction fédérale de son institution, un tout petit peu plus d’un an avant les élections législatives de 2014 qui verraient les séparatistes flamands s’installer au gouvernement fédéral. Etonnamment, en conférence de presse, Peter de Caluwe ne s’était pas particulièrement ému du sort que pourrait réserver la NVA aux rares opérateurs culturels fédéraux encore en activité. Pourtant, deux ans et six mois plus tard, voilà qu’on parle de fusion, ou plutôt de rapprochement ou – pour être encore plus précis – de redéploiement, terme utilisé pour qualifier une redéfinition stratégique budgétairement neutre.

Redéploiement est un terme moins anxiogène, il porte en lui quelque chose de positif – de l’ordre de la construction -, et Didier Reynders n’a sans doute pas envie d’être considéré comme le liquidateur d’une institution culturelle. Les problèmes sont évidents et réels, l’Orchestre National souffre d’un modèle économique qui s’accommode assez mal d’une situation de crise où les pouvoirs publics sont moins soutenants, avec un réel problème de recettes propres et la perspective de comptes déficitaires à très court terme. Certains rapports pointent aussi une offre symphonique qui serait bien trop abondante à Bruxelles et on souligne également, depuis quelques années, que nos deux orchestres fédéraux seraient en léger déclin avec – à La Monnaie – deux changements de directeurs musicaux assez spectaculaires. Le Fédéral devait agir, il l’a fait en nommant une sorte de super rapporteur qui pendant des mois a consulté tout le monde et qui a fini par remettre avant-hier son rapport au Vice-Premier-Ministre.

Un rapporteur et son rapport

Jean-Marie Blanchard est une stature dans le monde de la culture ; il a dirigé plusieurs maisons d’opéra comme l’Opéra Bastille et le Grand Théâtre de Genève. Je le disais, son rapport a été présenté mardi et a été rendu quasiment exécutoire par Didier Reynders dès le lendemain ; la quasi-totalité des préconisations étant adoptées comme base de travail. L’idée n’étant pas de s’inscrire dans le cadre bête et brutal d’une fusion économique pure, mais plutôt d’un vaste chantier culturel visant à optimiser l’offre musicale à Bruxelles. La fusion à proprement parler se ferait aux alentours de 2026, avec l’engagement qu’il n’y ait aucun licenciement sec – ni dans les orchestres, ni dans les administrations – et une série de mesures artistiques qui se mettraient graduellement en place pour favoriser le rapprochement des musiciens.

On parle, par exemple, de la nomination d’un compositeur en résidence propre aux deux orchestres, de la mise en place d’une académie de musique visant à favoriser le cross-generation – ou la transmission musicale d’une génération à l’autre -, on parle aussi de la formation d’un orchestre baroque et d’un orchestre de musique contemporaine impliquant chacun des musiciens ; bref, une sorte de gros et long team building qui durera dix ans et qui fera en sorte qu’à l’arrivée la fusion ne représente plus qu’une vague consolidation de musiciens qui auront pris l’habitude de se côtoyer.

Nous ne sommes donc pas face à une situation aussi catastrophique qu’aux Pays-Bas où, il y a quelques années, les orchestres tombaient comme des mouches et il est intéressant de remarquer comme Joseph De Witte, directeur de l’Orchestre National et ancien directeur du Centre pour l’égalité des chances, semble s’accommoder de ce projet qui, à terme pourtant, verra son orchestre disparaître, du moins dans sa dénomination « nationale » actuelle. L’essentiel, pour tout le monde, semble avoir été atteint : personne ne perdra son emploi, un cadre sécurisant a été mis en place pour que ces longues noces ronronnent tranquillement. Après – comme dans tous les mariages arrangés – le curé a beau être hyper sympa, la mariée meringuée des pieds à la tête, l’hôtel constellé de fleurs rares et capiteuses ; le couple qui s’avance dans l’allée – lui – ne le fait pas sans une certaine amertume.

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