Carnet de notes : l’Annonciation de Sandro Botticelli aux Offices

Annonciation de Sandro Botticelli, 1489-1490, destiné à Santa Maddalena in Borgo Pinto, à Florence.

De dix ans postérieure à la précédente Annonciation de l’artiste, elle est décrite comme d’une plus grande sobriété. Ce qui frappe en premier lieu, c’est la géométrie presque psychorigide du dispositif avec son sol à damier dans différentes teintes d’ocre, la fenêtre rectangulaire donnant sur un horizon luxuriant ostensiblement germanique.

L’hortus conclusus de la Vierge Marie n’est qu’un carré d’herbes, rectangulaire, au milieu duquel pousse un arbre solitaire. La métaphore au corps de la vierge est trop criante pour être débattue, vu qu’elle est ce lieu, simple et pur, où poussera le fruit unique des attentions parentales du Tout Puissant.

Le visage de Marie accueille le message délivré par l’Archange Gabriel avec une grande humilité, les traits juvéniles de celui-ci semblent animés d’une émotion rare, comme s’il avait conscience non seulement de la gravité de son Annonciation mais également de sa portée. Comme, en comparaison, l’archange de Simone Martini – quelques salles plus tôt, dans les Offices, a l’air plus grave, presque menaçant.

Chose remarquable, il y a entre la main droite de l’archange et la main droite de la Vierge une distance d’exactement 17,8 cm ( c’est mon téléphone qui me permet cette mesure), taille que Pierro Della Francesca avait attribuée au Christ dans sa célèbre Flagellation, trésor de la ville d’Urbino, dont le rapport de un pour dix nous révélait que le Christ mesurait en réalité 178cm – taille considéré comme idéale – par une certaine scolastique piquée d’esthétique. C’est donc la taille de Christ que Botticelli fait apparaître entre l’Archange et la Vierge, plutôt que l’habituel Ecce ancilla Domini fiat mihi secundum verbum tuum (« Voici la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole »).

Enfin, deux pièces de vêtement attirent le regard : le voile de gaze transparent que porte l’archange en plus de ses ailes et dont la légèreté de trait semble l’attacher très concrètement aux créatures de l’autre monde ; la Vierge porte – elle – une ample cape de saurus métallique à l’ouverture brodée de dorures. Celle-ci laisse apparaître en quartier d’orange sanguine une tunique pourpre dont les plissures délicates évoquent les plus célèbres plissures de l’anatomie féminine.

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