Oui, quelle étrange polémique.

Tout commence par une photo, prise par un bloggeur, qui semble témoigner de réaménagements in-orthodoxes dans certaines loges du Palais Garnier.

L’information est reprise par plusieurs média, en premier chef par Forumopera.com qui trouve en son directeur de la publication, Sylvain Fort, un observateur très (trop ?) attentif aux vicissitudes de la première maison de France.

Celui-ci – sortant de sa réserve journalistique – décide de mener campagne et de lancer une pétition. Or, un journaliste – fut-il simple commentateur culturel – peut-il prendre part activement à des débats que sa publication doit, par ailleurs, traiter avec distance et neutralité ? On touche ici à un sujet inexploré : l’éthique journalistique s’applique-t-elle à la presse spécialisée – dont les acteurs ne sont pas dépositaires d’une carte de presse, en ignorent les codes et se permettent, donc, d’endosser la cuirasse du journalisme militant. Le débat mérite d’être abordé.

Cette pétition, dont je craignais qu’elle récolterait une petite centaine de signatures, d’amis bienveillants, aura fini par convoquer pas moins de 30.000 âmes déterminées à empêcher l’Opéra de Paris de défigurer ses loges.

Qui a signé cette pétition ? Pas moi – le sujet ne me mobilise pas, je n’y peux rien – mais des personnalités de premier plan, des abonnés, des amis des beaux arts, des quidams – en somme. Et quoi qu’en pense l’Opéra de Paris, 30.000 signataires, ce n’est pas anodin.

L’intervention de l’Académie des Beaux-Arts a été déterminante. Voilà qu’une autorité culturelle au-dessus de tout soupçon se positionne immédiatement en faveur de l’arrêt des travaux. Hugues Gall – lui-même académicien et ancien directeur de l’Opéra de Paris – signe dans le JDD une tribune tempétueuse, malheureusement totalement discréditée par l’absurdité révoltante de son titre : « Les barbares ne sont pas qu’à Palmyre ».

Sans commentaire.

Depuis plusieurs jours, l’Opéra de Paris tente de s’expliquer. Disons qu’à mes yeux, elle le fait mal. Les communiqués qui circulent sont un peu abscons et manquent d’assertivité ; or quand il s’agit d’accords de la DRAC et de validation de l’architecte des monuments et sites, il ne convient pas de balbutier de vagues périphrases, mais d’être clair : les autorisations ont-elles été données de manière ferme et définitive ? Oui ou non.

D’autre part, l’Opéra de Paris souligne la grande mauvaise foi de Forumopera qui, il est vrai, est peut-être trop impliqué dans le dossier pour continuer à le commenter avec la neutralité nécessaire.

Il est triste de constater que deux camps qui – finalement – œuvrent à la sensibilisation des masses à l’art lyrique, ne peuvent pas s’entendre sur une problématique aussi prosaïque qu’une cloison de loge.

La faute à Forumopera.com qui, dès l’arrivée de Stéphane Lissner, l’a accueilli avec un « Feuilleton de l’été » potache et dont l’intrigue – un peu trop souvent – prêtait aux personnages des turpitudes d’un raffinement très relatif. Voilà de quoi crisper un directeur fraîchement arrivé.

La faute aux équipes de l’Opéra, dont la communication peine à trouver les angles qui rendront certaines démarches de la maison moins antipathiques au regard des observateurs extérieurs.

Aujourd’hui, j’espère qu’un nouveau dialogue avec les équipes de l’Opéra de Paris pourra être mis en place – et des signes très encourageants sont porteurs d’espoir -, pour qu’un peu de pédagogie puisse être faite, de leur part, autour de ces loges. Que les communiqués abscons laissent place à des explications plus claires, accessibles à tous et que Forumopera pourra relayer en toute bonne foi.

D’ici là, j’aimerais respectueusement demander à certains collègues d’une importante radio française de ne pas appeler à l’interruption des débats, au titre de leur extrême futilité en regard des drames que traverse la France.

Forumopera.com – comme l’Opéra de Paris – a rendu un hommage sincère aux victimes de ce terrible vendredi 13. Depuis, la vie a repris dans la cité. On sort faire ses courses, on va au cinéma. Et, dans les cafés, sur les sites, jusqu’à l’Assemblée Nationale, on débat de choses qui – au regard des tragédies qui font trembler quotidiennement notre planète – semblent bien frivoles. Poursuivre ce geste démocratique qui consiste à débattre de choses graves et moins graves, ce n’est pas faire insulte aux victimes des récents attentats. C’est poursuivre le cours normal d’une vie en société, c’est faire précisément, ce que le terrorisme souhaiterait voir abdiquer.

Entendons-nous là dessus, au moins.

 

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