En 1999 il a fallu choisir son camp.

Michel Houellebecq avait tenu dans une publication quelconque des propos vaguement homophobes. Vaguement parce que, venant d’une homme qui disait son aversion de tous les bipèdes, l’homophobie ne l’emportait pas particulièrement sur l’islamophobie ou sur l’arachnophobie. Il est des auteurs qui, par posture, détestent un peu tout ce qui bouge. Ca participe à la multiplicité sociétale. On a les gentils et on a aussi les méchants. Le monde, ainsi, ne manque pas de repères. Seulement, en 1999, la presse gay avait la dent dure. Les années Sida lui avaient donné du muscle, de l’audience et une sorte de morgue avec laquelle il ne faisait pas bon plaisanter. Je me souviens de l’entrefilet de contre-attaque du magazine Têtu, vertement titré “Michel, t’es pas beau”.

Oui, en effet, sur la photo, Michel –pas gâté du ciel niveau faciès- tirait sur sa pauvre clope et portait au poignet un sac plastique, genre Super-U, avec dedans un peu de bibine et des Gitanes. Une tête de RMIste en fin de droits, à qui le mauvais alcool aurait offert aux yeux un jaune d’apocalypse hépatique. L’article l’agonisait d’injures, et se posait -un peu comme la presse Ultra– en garant de la bonne moralité. Un instant Têtu devenait Valeurs actuelles ou Radio Courtoisie. Un instant la révolution gay, celle encore toute ébouriffée des luttes salvatrices des années 90, s’installait dans les chaussons puants du penser-droit.

OK, Michel n’est pas très fin. Il compare les homos à une bande de sagouins qui s’enfilent dans les buissons.

Or les homos, c’est aussi les lecteurs de Têtu. Et ceux-ci s’enfilent peut-être dans les buissons, mais le font en sachant -par exemple- que le dernier film du célèbre cinéaste G. V. S. est un hommage à un film éponyme du célèbre cinéaste britannique A.H. et qu’il l’a religieusement recréé plan par plan, dans une sorte de vénération vaniteuse. Et ça, les buissons en turbinent autrement.

Toujours est-il que le noyau dure de la riposte gay a été relativement basique : on a dit à Michel Houellebecq qu’il était moche. Or ça, l’intéressé s’en plaignait dans chacun de ses livres, qui –en choeur- criaient la misère sexuelle et la privation de caresses. Tu parles d’un uppercut, que le Michel ça l’a même pas fait grimacer ! À la provocation jouette d’un misanthrope poids plume, la presse gay répondait comme une adolescente furieuse, de celles qui préfèrent à Platon ou à l’art subtil de l’électrophorèse se peindre les doigts de pieds pour faire trembler, non pas un buisson, mais la plage arrière de la Polo de Kevin.

Tout ça pour dire que si cette ordure de Dustan a ouvert –trop grandes- les portes d’un intellectualisme gay libertaire, ce n’est pas pour que ses cadets érigent au nom de leur communauté les murailles inébranlables où s’essaieront les ayatollahs de demain. Non Michel, tu n’es pas moche, tu es juste beau du dedans.

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