« Bluebird » de Geneviève Damas, le gynécée intime

Dans son précédent roman, Patricia, Geneviève Damas tendait vers l’universalité discursive. Trois voix se tressaient autour du récit d’un migrant. Trois voix sobres, cultivées et belles qui soulignaient, par leur unité de ton, la nature universelle de cette fresque tragique.

Ne nous noyons-nous pas tous un peu dans ces mers tranquilles ?

Bluebird, nouvelle variation bleue, paraît dans la collection blanche. Une adolescente de presque dix-sept ans écrit à l’enfant qu’elle porte. Cet enfant, elle le doit à un poète, un mirliflor sublime et sec, qui sème ses gènes et ses humeurs et qui s’en va, bien loin, concédant de sa personne quelques vers cryptiques, envoyés sur papier libre. L’homme est ingouvernable.

Le reste est sororité. Car Bluebird s’adresse à son enfant, mais elle s’adresse aussi à son dragon de mère et à sa grand-mère. On pense à ces maisons de glaise – froides dans la fournaise – où des femmes transmettent leurs secrets en retirant leurs voiles. En détricotant ces cheveux soustraits au regard des hommes.

Si Bluebird ne craint pas, parfois, de dire simplement des choses très profondes, qu’on croit appartenir à l’appareil des banalités, Damas a ce talent de parler d’un seul souffle. De la confidence, elle connaît intimement la cavalcade, en possède le rythme et la scansion précise. Il y a dans ce gynécée un entre-soi, une intime bienveillance, qui sans doute connaît les mystères du lait de la maternité.

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