Patrick Boucheron on les journalistes prasseux

Qu’est ce que le journalisme paresseux ? C’est par exemple cet article dans Marianne qui évoque Patrick Boucheron : « Quoi qu’il en soit, on le préfère lorsqu’il se concentre sur ce qu’il fait de mieux : l’histoire. Sauf quand ses travaux consistent à étudier la « peste aux USA », dans le cadre d’une résidence à la Villa Albertine à New York. Le hic c’est que la peste noire n’a jamais existé outre-Atlantique ! »

Pourquoi est-ce paresseux ? Attaquer un scientifique, professeur au Collège de France, sur le sujet même de sa recherche, implique a priori d’en avoir pris connaissance. Le postulat des travaux de Boucheron sur la peste est que, dans la perspective historique, il n’existe pas de peste (au singulier) mais des épidémies de pestilence. C’est en définitive extrêmement simple a comprendre : « la peste » telle que nous l’entendons a été catégorisée par Alexandre Yersin a l’extrême fin du dix-neuvième siècle et la bactérie « de la peste » porte le joli nom de « Yersinia pestis » (1894). L’homme, démuni, avant même la naissance de Jesus Christ, a mis sous le nom de « peste » une série de maladies qui n’étaient pas toutes la peste telle que définie par Yersin. Ainsi les pestes du Péloponnèse en 400 et quelques avant JC sont dues non à la peste mais au typhus. Thucydide n’a jamais été traité de charlatan par Marianne lorsqu’il décrit la peste d’Athènes. La découverte de charniers permet précisément aux scientifiques d’identifier à rebours quel nom portait la peste au moment de telle ou telle épidémie. Peste bubonique, typhus, choléra, HIV ?

Oui, car Boucheron dans ses travaux, pour assumer son postulat jusqu‘au bout, inclut l’épidémie de SIDA. Et pour cause, avant que celle-ci soit réellement identifiée par les équipes du Pr. Montagner (ou par Robert Gallo, en fonction d’où on se situe), elle s’engloba naturellement dans ce phénomène de pestilence. Car l’angle de Boucheron est avant tout anthropologique plutôt que médical. On peut évidemment refuser son postulat, mais on ne peut pas — comme le fait Marianne — accuser un scientifique de se tromper grossièrement en le plaçant en dehors de la perspective de sa recherche.

Entrée de journal le 1er juillet 2026

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