Ce peu de choses qui, de la terre, ravit les plus éclatants joyaux.

Comme Eschyle aurait trouvé la mort en recevant sur sa fontanelle une tortue vivante qu’un rapace lâcha en plein vol, la chanteuse de soul, Mama Cass, perdit la vie en s’étouffant avec un sandwich.

Le très charismatique président G. W. Busch, lui-même, manqua de passer ad patres en avalant un bretzel de travers, provoquant son évanouissement et l’installation subséquente de Dick Cheney à la tête du monde libre.

Dans sa mémoire cellulaire, l’être humain semble avoir gravé tous les périls qui le menacent ancestralement, depuis qu’il est protozoaire. Il en est un, cependant, qu’il néglige : la dysphagie.

La dysphagie, c’est le fait d’avaler de travers. Une fausse route. C’est une manifestation de l’inconscient. Une maladie auto-immune qui fait que par simple distraction orificielle ou par gloutonnerie, un aliment décide d’obstruer la seule trachée que nous possédons et, partant, nous prive de notre seule source d’air frais. Le péril est redoutable.

On le sait peu, mais Giacomo Puccini développa un cancer parce qu’un petit os de poulet s’était logé dans les chairs de sa gorge. L’inflammation dégénéra et Turandot en demeura inachevée. Et qui a vu l’Amadeus de Milos Forman sait que le père d’Antonio Salieri y trépasse de causes analogues – mais plus rapidement – avec une arrête de poisson qui le rend tout écarlate.

Comment ne pas trembler à l’évocation de la récente défection de Jonas Kaufmann ? Le ténor allemand renonçant à trois représentations de Tosca à Paris pour des raisons très comparables à celles évoquées plus haut.

Le Maestro Kaufmann explique, dans une publication fleuve apparue sur Facebook, s’être repu avec trop d’empressement. Sentant tout son appareil respiratoire supérieur se contracter autour du petit morceau de truite saumonée inopportunément introduit dans sa trachée, le voilà qui se mit à tousser très vigoureusement pour déloger des profondeurs de son anatomie la nourriture mortelle menaçant à la fois sa vie et celle du plus éclatant ténor de notre temps. C’eût été le coup du sort le plus indigne depuis que des escaliers trop bien cirés nous dépossédèrent de Fritz Wunderlich.

Heureusement il n’en fut rien. Un peu pâle – bien-sûr – contrarié, même, d’avoir failli quitter le séjour des vivants pour si peu, Jonas se rassit et poursuivit de picorer dans son assiette. Seulement avec moins d’entrain, ignorant encore que la toux qu’il venait d’activer, pour sauver sa propre vie, cette toux considérable comme une batterie antiaérienne, avait imprimé sur ses cordes vocales de minuscules œdèmes qui compromirent Tosca. On en fut quittes de sa disparition au sens métaphysique, mais – en échange – on se priva de son art. Histoire qu’on croirait sortie de l’Ancien Testament tant elle est édifiante.

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