Le Nouveau Sollers : leçon de pâmoison

Philippe Sollers apparaît à une frange importante des littérateurs français sous les traits d’un docteur de l’église ou d’une divinité couverte de feuilles d’or. On peut comprendre, bien sûr, cette idolâtrie. Même s’il fait plus probablement partie des figures littéraires de son temps que des grands écrivains du siècle.

Dans ses derniers livres, Sollers tend vers l’ascèse. Vers une expression réduite à son plus simple appareil. On s’oriente, doucement, vers l’aphorisme Nietzschéen ; toutes proportions gardées.

Le Nouveau est une sorte de petit bâillement littéraire. Avec les yeux mi-clos de l’autosatisfaction, l’auteur survole des épisodes de sa vie tout en convoquant ici ou là des figures importantes de la culture occidentale. Sollers apparaît ici en bourdon majestueux dont le geste d’écrire serait un battement d’ailes qui laisserait derrière lui comme une poudre d’or. On sent le bourdon très admiratif de ses prouesses et extatique face à l’éclat de ses rayures.

Comme ses considérations sur Shakespeare paraissent légères, en revanche, quand on les compare au récent ouvrage d’Eugene Green (La Lumière des ombres – Ed. Desclée de Brouwer)*. Les deux hommes ouvrent les mêmes portes, mais Sollers ne trouve derrière elles qu’une collection de miroirs devant lesquels il s’arrête, visiblement conquis.

Fallait-il en plus qu’il s’en prenne à Gide, lequel serait – selon la doctrine besogneuse des khâgneux – ce protestant moralisateur, arbitre autoproclamé de son temps ? Pour qui applaudissait les prodiges de Mao, il peut effectivement sembler agaçant que Gide ait enterré l’URSS dès 1936. Mais est-ce une raison de si mal le lire ?

S’il est un élément qui traverse l’œuvre et la vie de Gide, c’est le doute. Qualité que Sollers méconnaît sans doute parmi toutes. De Paludes, à l’Immoraliste, aux correspondances avec Claudel ou avec Valéry, on trouve sous sa plume plus de questions que d’affirmations. Et toujours cet empressement à se donner tort.

Surtout, Gide, dans ses Feuillets d’automne ou dans son Thesée aura atteint ce qu’on se permettra de souhaiter à Sollers : des textes en forme d’abstraction, en forme d’effacement, qui – tel le squelette sous la peau du vieillard – montrent du crépuscule la vérité des corps et probablement celle des âmes.

* Eugene Green dans Demandez le programme, le 18 janvier 2019.

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