Le grand reporter et correspondant de guerre, Marc Kravetz — qui tenait jadis une chronique quotidienne sur France Culture — assurait que pour bien sentir une ville, il fallait visiter son zoo. Et je reconnais qu’on capte un peu mieux une culture quand on a vu un suédois faire gazou-gazou à un opossum dans le parc de Skansen où, entre un élan lippu et une autruche courroucée sur l’Île de Djugården, Artur Hazelius a fait installer des monuments typiques démontés des quatre coins de la Suède ancestrale pour les reconstruire dans son parc.

Impayable le zoo du Caire où des familles cairotes font la sieste à l’ombre de la cage aux ours, où n’importe quel gardien accepte de vous laisser caresser n’importe quel animal (oui, n’importe quel) contre une légère contribution à sa revalorisation salariale et où il est très sérieusement écrit, devant la cage aux crocodiles (Crocodylidae Archosauromorpha) « for your own safety, please don’t catch any reptile ».

Edifiant, le spectacle d’une autrichienne admonestant son petit Wilhelm Kaspar alors que celui-ci jette du pain au panda, lequel — les autrichiennes le savent — ne se nourrit que de bambou en se prélassant par terre et incarne, dans sa paresse ostentatoire et assumée, un bien mauvais exemple pour la jeunesse viennoise soucieuse de son PIB et de son assiette d’assujettissement.

Les meilleurs zoos sont évidemment ceux intégrés aux villes, comme à Istanbul où les chiens errants sont attrapés par la municipalité puis bagués, pour être remis en liberté, aux mains d’une communauté bienveillante. Devant la très belle Mosquée Koca Mustafa Pacha, un terrain de jeu est installé, à la place des habituelles balancelles et tourniquets rotatifs, on trouve des appareils de musculation publiques où, après l’office, des femmes en Hijab viennent perdre quelques calories en papotant avec le touriste. Là vivent deux chiens de race indéterminée (le mâle est un Saint-Bernard aux origines plurielles) qui se font des mamours et sont protégés du regard par un vieux sage attentif à leur bien être, alors qu’il travaille son fessier sur un appareil prévu à cet effet.

Enfin, un zoo enchanté, celui de Port El Kantaoui (!) qui assume crânement son statut sous-préfectoral et qui dans son prospectus, annonce avec fierté, soutenu par une ribambelle d’épithètes enthousiastes, la présence en ses enceintes d’un animal redoutable, velu et baveux : le terrifiant Chihuahua. Lequel, on le constate, est effectivement là, derrière un mur haut de trente centimètres, fier d’être l’attraction locale et tançant le visiteur d’un regard superbe qui rappelle le général Tapioca. À toutes fins utiles, il est rappelé au visiteur — et ce dans trois idiomes — qu’il est interdit de jeter au précieux quadrupède de la nourriture de chameau. Lequel chameau est d’ailleurs ravi de cet avertissement à un juger par l’ampleur de son abdomen qui taquine le sol.

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