Nous avons en nos bureaux un terroriste fécal. C’est un immeuble qui abrite une centaine d’entreprises. Chaque jour, les planches de nos vécés voient défiler sur leurs pistes blafardes un nombre fameux de paires de fesses moites et indignes. J’y fais parfois pipi, plus rarement caca, en raison des salmonelles qui s’y promènent et n’attendent que mon derrière pour se livrer aux coups pendables dont la nature les a missionnées. Il y a trois mois est apparu un terroriste fécal. Sous cette appellation arbitraire se cache un homme malade. Malade, car il n’est pas sain de projeter ses déjections au-delà de la cible conventionnalisée qu’est le trou des vécés. Malade, car ladite projection dépasse de loin la ligne imaginaire du bassin et se retrouve -au gré de vents favorables- parfois à la droite du plafonnier, parfois sur le chambranle de la porte. Un peu partout. Malade, car il n’éparpille pas ses déjections à la main, artisanalement comme un homme des cavernes, offrant à sa matière le profil d’un bison ou d’une gazelle de Speke. Celle-ci, au contraire, s’imprime sous forme de gouttelettes hystériques, comme si mon terroriste fécal, à défaut de vouloir causer du tort à la communauté, était doté d’un appareil digestif aux velléités artistiques. De là la question : les sphincters peuvent-ils se désolidariser du système nerveux central, dans une sorte de mouvement de révolte menant à leur indépendance artistique ? Un anus peut-il se prendre pour Mondrian et vivre une vie d’artiste aux dépens et au préjudice de son propriétaire ? Oh, bien sûr, une approche plus rigoureusement empirique m’obligerait à partir des traces de merde, à en étudier l’étendue et à en mesurer l’acheminement. Peut-être même, sur base de l’impactage, pourrais-je déterminer la vitesse moyenne de croisière et le lieu exact, au millimètre près, de la déflagration originelle ? Partant de là, rectocolite hémorragique, maladie de Crohn, les scenarii défileraient innombrables sous mes yeux et à la manière d’Hercule Poirot, je convoquerais une assemblée de suspects. Sur base de leur bilan de santé, je pointerais mon doigt sénatorial, superbe et inflexible, vers le coupable. Celui-ci serait emmené, penaud et contrit, vers un service de gastro-entérologie-comportementale voué à l’étude de son seul cas et serait disséqué vivant pour le bien de tous et plus particulièrement de la communauté. Les vécés, les salmonelles, les planches albumineuses retrouveraient alors leur tranquille office, celui d’offrir aux terriens un cadre sécurisant pour leurs impérieux versements.

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