Linda était une lesbienne aboulique. On sait bien des clichés sur les lesbiennes et on en sait autant sur les lesbiennes abouliques. Toujours est il que son regard dormait dans les laitues quand le long du dallage roulait son caddy vers des tas de bonnes choses. Le xanax imprimait à ses reins une détente affirmative qui bombait sa bedaine et dômait son nombril. La musique ouatée du supermarché berçait le doux chemin alors que sa main posait sur son butin un sachet de surimi. Sa tête basculant, à droite et puis à gauche, en de lentes inconsciences. Un filet de bave tressa des ponts entre ici et là-bas. Un instant de sommeil immobile, entre le Serrano et la tête pressée. Puis le réveil, l’affolement panique, d’y être restée la nuit. Le chemin reprend. Au rayon des pâtes, un peu de sauce, un peu d’Italie, un peu de soleil, irradiant de grandeur, dans son cœur tout vide et tout endolori. Ses courtes jambes, lardées de varices, d’escarres, de croutes et de démangeaisons battent mosaïque avec affliction, sont comme les colonnes d’un temple qui abdique. On voit au déhanché de sa structure, le poids des heures d’été, en compagnie du chat, au balatum fendu, sans personne qui l’aime. Au bout de son trajet, une fois passée la caisse, l’attendent souriants -et comme avec tendresse- une fosse commune, un cercueil de sapin et son chat affamé.

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