Le début du 21e siècle fut un Eldorado de l’internet. Nos célèbres (et défuntes) start-ups– dont l’intitulé exotique hantait toutes les lèvres – avaient le vent en poupe et les marchés se frottaient les mains face à un épiphénomène dont on ignorait alors le caractère strictement spéculatif. L’intransigeante « explosion de la bulle internet », tirant dans son sillage d’abattement les espoirs de ceux qui s’étaient vus CEO de mégastructures nées de leur talent à manier le HTML, vint sonner le glas de cette éphémère ruée vers l’or. On mesura le caractère censément limitatif du modèle économique, lequel se cantonna vite – et sans alimenter de clichés – au sexe, au jeu et aux plaisirs frivoles. La culture, elle, put se rhabiller à la sauvette et les rares structures sorties des limbes, y retournèrent par le dernier RER sans demander leur reste. Ainsi se souvient-on d’un très célèbre quotidien-musical-en-ligne, adossé à une agence de voyages axée sur les escapades musicales, devoir revendre à la sauvette l’immeuble efflorescent qu’un enthousiasme hâtif l’avait fait acquérir au milieu d’un quartier cossu de Paris. C’est dans ce terreau-là qu’est né Forum Opéra, désormaisForumopera.com.

Bâtir sur un sol sablonneux

Franchement, personne n’y croyait. À commencer par les principaux intéressés. Alors que Répertoire se faisait manger en salade par Classica et que Le Monde de la Musique s’apprêtait à connaître le même sort, Opéra International sombrait chaque jour un peu plus dans la tourbe visqueuse et malgré de nombreux changements d’équipe finit par être racheté et rebaptisé. Diapason, seul face à tous, tint bon. Mais aucun n’eut vraiment, à l’époque, l’idée d’occuper le terrain de l’Internet, celui-là même qui avait causé la ruine et le discrédit de ses investisseurs. Prudente, la presse magazine, elle même impactée par une crise indéniable, préférait se livrer un combat de pairs plutôt que de songer occuper des territoires inhospitaliers. L’Internet fut alors un royaume franchement barbare, où seuls les laissés pour compte d’une presse qui n’avait pas souhaité accueillir leur verve s’exprimaient en redoublant de véhémence. Un temps, dans le milieu de la musique classique, toute initiative venue du web était taxée de farfelue. Et pour cause, les rares forums (le blog n’était pas encore né) dévolus aux rencontres musicales étaient des foires d’empoigne insensées d’où la courtoisie et l’échange d’idées étaient strictement bannis. Là est né Forum Opéra dont l’humeur générale n’échappait pas aux observation sus-citées. On y devisa d’abord à quatre, puis à cinq, puis chaque jour déversait son lot d’intervenants. Internet s’installait dans les foyers de France et les mélomanes, souvent isolés y trouvaient des semblables, un écho à leur passion monomaniaque. Et c’est justement un encart dans Télérama qui mit le feu aux poudres. Sous l’intitulé peu avenant des « Allumés de web », le chroniquer dessinait la vie du forum comme celle du village d’Astérix, avec ses poissonniers qui se chamaillent à coup d’espadon et ses bardes harnassés à des arbres. L’esquisse avait beau pointer un phénomène sociologique navrant plutôt qu’une entreprise culturelle, la foule fut tout de même heureuse de visiter les lieux et on vit s’y installer d’illustres chroniqueurs officiant dans d’illustres publication, ravis de deviser live avec leurs moins illustres lecteurs. Un ersatz de démocratie participative à l’échelle musicale, en somme.

Timides ambitions

Chaque jour, plusieurs dizaines de mélomanes versaient sur le forum des tombereaux de feuillets voués à être oubliés ; l’échange était convivial, pas patrimonial et n’avait aucune vocation doctorale. Pourtant, au milieu de la fange, se dessinait un agglomérat d’intervenants dont le point de vue était édifiant et semblait mériter d’être mis en avant. Quitte à passer des heures à tartiner un forum de points de vues, autant réfléchir à la meilleure manière de les mettre en avant, pour le seul intérêt de la communauté et de l’instruction des masses. Au printemps de l’année 2000, il fut décidé de construire une « revue en ligne » dont l’austérité des travaux contrasterait avec la tonalité scabreuse du forum. La périodicité mensuelle est arrêtée et il est proposé de publier par numéro deux dossiers, l’un consacré à un compositeur (n°1 : Philippe Boesmans, avec une interview de l’intéressé et de Bernard Foccroulle), l’autre à une œuvre (n° 1 : Cosi fan tutte). 29 éditions parurent, s’axant principalement autour de créations mondiales et d’œuvres négligées. En avril 2001 une rubrique « critiques de disques » est adjointe à la revue et en septembre 2001 une rubrique « critique de spectacles » voit timidement le jour. Vers la fin de l’année, la périodicité est remise en question, de mensuel Forumopera.com devient un quotidien, en HTML, avec un logo qui rappelle celui de Force Ouvrière (totalement fortuit).

Jouer des coudes

L’entrée dans les théâtres ne fut pas simple. D’un naturel méfiant, les attachées de presse sont habituées aux courbettes de celles et ceux qui sollicitent leur bienveillance et les regardent avec méfiance. L’apparition de nouveaux médias n’étant pas chose courante, la bulle internet fut d’abord traitée avec peu d’égards. C’est en rampant que l’on entra, d’abord dans quelques théâtres de province, sur des strapontins, au septième étage de côté.

La conquête de notre crédibilité fut laborieuse : alors que quelques responsables de théâtres s’inscrivaient dans une démarche militante en faveur de ce nouveau phénomène (l’Opéra Comique et l’Opéra National du Rhin furent d’indéniables précurseurs), d’autres considéraient les journalistes du web comme d’inutiles farfelus. L’inexpérience des entrepreneurs, la totale liberté de format qu’offrait internet et la maladroite arrogance de quelques cowboys de l’ère numérique ne facilitèrent rien. Bon an mal an, Forumopera.com gagna ses entrées, jusqu’à devenir accrédité dans tous les théâtres importants de l’hexagone en 2006. La participation de chroniqueurs venus d’autres horizons médiatiques ne fut pas étrangère à cette évolution positive, à commencer par Sylvain Fort (Diapason, Classica) qui prit les commandes du site dès décembre 2004 et qui reste aujourd’hui son directeur de la publication.

Rencontres avec les stars

Les artistes ont toujours témoigné de leur grande ouverture face au développement de la presse internet, se prêtant volontiers à l’exercice de l’interview dès les premières années. En plus ou moins dix ans, Forumopera.com peut se vanter d’avoir rencontré certaines des principales silhouettes de l’opérasphère, considérant que si des personnalités aussi éminentes que celles énumérées plus bas avaient une demi heure, une heure ou plus à consacrer à nos journalistes, c’est que ceux-ci croyaient à la pertinence de ce nouveau media. Ainsi, entre 2001 et 2011 rencontra-t-on, entre autres, les chefsRinaldo Alessandrini, Ivor Bolton, Sylvain Cambreling, Vincent Dumestre, Emmanuelle Haïm, René Jacobs, Philippe Jordan, Vladimir Jurowski, Kent Nagano, Antonio Pappano, Christina Pluhar, Jérémie Rhorer, Christophe Rousset, Jean-Christophe Spinosi, Alberto Zedda, les metteurs en scène Gilbert Deflo, Olivier Py, Peter Stein, Dmitri Tcherniakov, les compositeurs Philippe Boesmans, Bruno Mantovani, Benoît Mernier, Peter Eötvös, Krzysztof Penderecki, les sopranos June Anderson, Patrizia Ciofi, Mireille Delunsch, Danielle De Niese, Angela Denoke, Karina Gauvin, Véronique Gens, Felicity Lott, Rosemary Joshua, Simone Kermes, Annick Massis, Patricia Petibon, Sandrine Piau, Kate Royal, Cheryl Studer, les mezzo-sopranos Cecilia Bartoli, Karine Deshayes, Joyce diDonato, Elina Garanca, Vivica Genaux, Sophie Koch, Jennifer Larmore, Marie-Nicole Lemieux, Nathalie Stutzmann,Anne-Sofie von Otter, Dolora Zajick, les contre-ténors Max Emmanuel Cencic, David Daniels,Philippe Jaroussky, Bejun Mehta, Lawrence Zazzo, les ténors Roberto Alagna, Joseph Calleja, Jose Cura, Laurence Brownlee, Vittorio Grigolo, Ben Heppner, Gregory Kunde, Chris Merritt, Antonino Siragusa, Rolando Villazon, les barytons Alessandro Corbelli, Stéphane Degout, Christian Gerhaher, Simon Keenlyside, Leo Nucci, Bryn Terfel, Ludovic Tézier, José van Dam, les basses Rene Pape, Michele Pertusi, Luca Pisaroni, Erwin Schrott et des directeurs de théâtre comme Jean-Marie Blanchard, Dominique Meyer, Gérard Mortier ou Laurent Spielmann.

Les nouvelles technologies

Quel est l’intérêt d’une revue en ligne si elle se borne à proposer à ses lecteurs un contenu formaté à l’image de la presse magazine ? Une première erreur aura été de croire que la plus grande qualité d’internet était d’offrir aux rédacteurs qui s’y exprimaient une tribune non limitative. Là où certains contorsionnaient leurs plumes pour faire tenir en un demi feuillet la somme de leur sapience, internet permettait de la dérouler et l’invitait à se prélasser sans retenue. Erreur, parce que l’ampleur ne sourit pas toujours aux recensions ; lesquelles – par souci d’exhaustivité – en deviennent indigestes. Erreur parce que tous les outils statistiques montrent qu’en matière d’expression écrite, les formats courts sont les plus consultés. À ce titre, nous avons réalisé l’étude suivante : le temps moyen de lecture d’un article est estimé et il est mis en regard du temps moyen que le lecteur passe sur la page. Résultat : le temps moyen de consultation équivaut généralement au tiers du temps moyen de lecture théorique. Plus l’article est court, plus les écarts s’amenuisent.

Ce qui réellement fait l’intérêt d’un site internet, outre son absolue gratuité, c’est l’utilisation des « nouvelles technologies » ou comment faire d’un site internet le point de rencontre de trois médias jusqu’alors dissociés : la presse écrite, la radio et la télévision. Un exemple : grâce au partenariat qu’aForumopera.com avec Qobuz, il est désormais possible d’écouter des extraits de chacune des plages d’une disque tout en lisant sa critique. Une manière originale de confronter l’avis du chroniqueur et celui du lecteur. C’est –en gros- donner à l’objet sonore une chance de contredire son bourreau… ou de contribuer à la chute du couperet. L’adjonction de vidéos « trailer » à la fin des critiques, l’illustration de celles-ci par diverses vidéos constituent indéniablement une valeur ajoutée. Le catalogue des podcasts (émissions radio diffusées sur internet) représente une source d’information pérenne car éternelle, une base de donnée consultable à toute heure du jour et de la nuit, gratuitement et sans limitation temporelle. Sur une période de dix ans, ce sont des centaines de milliers d’émissions, d’interviews et de débats qui sont offerts aux mélomanes. Un simple moteur de recherche permet d’y retrouver l’artiste de ses rêves.

Par ses partenariats avec Qobuz et bientôt avec Medici.tv, Forumopera.com est devenu une source d’information incontournable, résolument tournée vers l’avenir et soucieux de poursuivre ses recherches pour tendre vers une forme de « média total » où toutes les disciplines journalistiques cohabiteront sous une même enseigne.

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