Il y  a un fil conducteur dans l’œuvre de Philippe Boesmans: la cruauté. Son premier opéra, La Passion de Gilles (1983), peignait la figure abominable de l’ogre Gilles de Rais, qui selon ses propres termes fit passer ad patres des grappes entières de jeunes garçons pour son plaisir et sa délectation charnelle. Reigen (1993) voyait la lutte des classes d’une Vienne au fusain se livrer au petit jeu roboratif de l’amour et du déchirement alors que Wintermärchen (1999) plaçait la figure virginale de la reine Hermione entre les mains tremblantes d’un roi devenu ivre de jalousie. Julie (2004) atteignait ensuite des proportions paroxystiques en décrivant la séduction mutuelle d’une jeune fille de bonne famille et d’un garçon de maison, laissant la pauvre enfant éperdue et condamnée aux yeux de son monde. Dans Yvonne, Princesse de Bourgogne (2009) on ne s’étonnera pas de voir une pauvresse aux traits disgracieux moqués par la cour du Prince Philippe, finissant par mourir convulsivement, étouffée par l’arrête d’un poisson. Gombrowicz, père d’Yvonne, disait de lui-même “Je suis un cynique qui compte sur l’effet produit, sur la poésie et surtout sur la valeur scénique de l’œuvre.” Boesmans, lui, est un chat qui transposerait en musique les convulsions savoureuses des personnages qu’il a sous ses griffes.

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