J’ai mal à mon masque : le mâle gaze chez Sorrentino ?

Je n’écoute plus le Masque.

Le Masque ne me fait plus rire et souvent, je suis consterné et abattu en les écoutant. J’ai pris mon courage à deux mains pour écouter l’avis de la tribune sur La Grazia, de Sorrentino. Ça va, ils ont plutôt aimé, ou pas totalement détesté, mais on rappelle tout de même que Sorrentino, c’est l’entre-soi des mecs, c’est — pour les citer — le male gaze.

Dans son avant dernier film, Sorrentino place une jeune femme au centre de l’action. Certes, elle est magnifique, mais son frère l’est tout autant. Elle est sociologue, mais selon le Masque ce n’est pas crédible car « on ne la voit lire que quelques secondes dans le film » (existe-t-il argument plus consternant) ? Surtout, ce male-gaze, attribué à Sorrentino ne cite jamais l’autre génie de sa filmographie, qui crée des tableaux d’une beauté surnaturelle, sa directrice de la photographie — ses yeux, donc — Daria D’Antonio. Et alors que le Masque semble admettre du bout des lèvres que, parfois, Sorrentino fait de belles images, jamais, pas une fois, la tribune ne cite le nom de Daria D’Antonio. Entre la suspicion d’un male-gaze et l’invisibilisation systématique du travail d’une des plus grandes chef op’, j’ai choisi mon camp.

Pendant ce temps, dans The Guardian, on écrit que dans La Grazia, Sorrentino se profile comme le successeur d’Antonioni. D’habitude, on le présente comme l’épigone de Fellini. Comme si, logiquement, un cinéaste italien ne pouvait prétendre qu’à ressembler à d’autres cinéastes italiens. Il y a autant de Wong Kar-Wai, de Jean Eustache, de Francesco Rosi, de Marco Bellocchio, d’Abderrahmane Sissako et, surtout, de Michael Bay dans son cinéma que de Fellini. Sorrentino est une éponge, comme tous les artistes. Le comparer aux deux grands italiens parce qu’il fait des plans séquence de Rome, c’est avoir une vision tellement limitée de l’histoire de l’art.

Entrée de journée du 16 juin 2026.

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