Dans un emportement démonstratif, un ami voulut me montrer une vidéo sur internet : un avatar de la célèbre série « two girls one cup ». Cette vidéo fit sensation dans la mesure où elle permit à un large public de voir, sans paiement, deux pauvres femmes se tartiner leurs matières fécales et se repaître de leur vomi. On peut se demander, sans être bigot, quelle corde sensible cette vidéo fit vibrer dans nos foyers pour qu’elle devînt du jour au lendemain la vidéo la plus visionnée du web, avec Susan Boyle (aucune ressemblance, etc.)

À l’ignominie consécratoire de ce film, l’être humain répondit bellement, en inventant un contre phénomène : des vidéos de réaction au visionnage de « two girls one cup ». L’exercice est simple: on se saisit de sa grand mère, on lui dit « viens mamy, viens-y donc voir le joli film sur internet », la mamy, toute ravie qu’on s’occupe d’elle ne remarque pas qu’une webcam est insidieusement braquée sur son beau visage d’ange flétri et observe, attentivement, l’écran. On ignore, bien sûr, ce qui passe par sa pauvre tête quand la première crotte est lâchée. Incompréhension, d’abord, révolte ensuite quand survient l’ingestion. Et quand une actrice vomit dans la bouche de sa collègue, sans doute bien payée pour afficher un visage radieux, goulu et ravi, que pense la petite grand mère ? Se plaint-elle que son mari soit mort au front pour sauver l’humanité ? Va-t-elle jusqu’à remettre en question le principe même d’humanité ? Met-elle sur sa bouche des petits doigts boudinés pour réfréner sa propre nausée ? Tout ça, les vidéos de réaction à « two girls one cup » le montrent.

Hier, c’est de « two guys one horse » dont il fut question. Un homme approche un cheval sous le regard de la caméra. Par Dieu sait quel talent, il parvient à lui soutirer une érection puis il se penche, la croupe au vent. L’animal ne se fait pas prier et d’un grand coup introduit son membre viril de cinquante centimètres dans son prétendant. Le choc est rude : cinquante centimètres, même le colon le plus aguerri n’a pas l’habitude. On voit donc notre ami zoophile chanceler et la vidéo s’achève. On a tendance à en rire, nous à qui le sexe avec les animaux apparait comme une nouvelle déclinaison de la folie des hommes.

Le plus triste dans tout ça, c’est que le type en est mort. Peu de temps après le tournage, pris de violentes douleurs et consterné à l’idée que des médecins puissent deviner quelle pratique l’amena sur leur table de consultation, Kenneth Pinyan resta prostré dans son coin. Plusieurs heures passent. Enfin, il cède mais quand les urgences l’accueillent il est déjà trop tard : perforation de l’intestin, péritonite, choc sceptique. Comme si le fait de mourir ne suffisait pas, les médias s’en emparent et révèlent l’histoire et le nom du pauvre Pinyan. Un documentaire est même tourné et présenté au festivals de Sundance et de Cannes, sous les applaudissements ravis d’apprentis sociologues qui voient en l’histoire de l’ingénieur de Boeing terrassé par l’assaut vénératif du cheval un conte moral éloquent, propre à instruire la jeunesse sur les risques de l’amour équestre.

Et moi je me dis qu’on vit dans un monde absolument dégoûtant. Que la nausée est la seule réponse, corporelle, à la fois à la zoophilie, à son exploitation cinématographique, aux rires qu’elle inspire à nos contemporains, à sa condamnation même, à l’absurdité d’en mourir, à l’horreur d’en crever lentement, qu’il est des perversions face auxquelles la loi des hommes est démunie, car là où le bon sens appelle à la condamnation, les textes, eux, disent non. La justice, parfois, laisse choir épée et balance: les bras lui sont tombés.

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