Camille de Ryck est diplômé en Théologie à la Johnson C Smith University de Charlotte (Caroline du Nord), il est correspondant politique à Belize pour L’Osservatore Romano et chroniqueur littéraire à Radio Côtes d’Armor depuis 1972. Il fut également directeur de campagne d’Alain Madelin pour les élections municipales de 2001 et est rapporteur de la commission parlementaire sur la parité épiscopale. Ce blog publiera désormais ses billets littéraires.

« Carnets de Tanger » par Michel Poniatowski
Ed. de l’Azur — 110p — 12 €

tanger« La France a peur », lançait un soir Roger Giquel, évoquant l’assassinat du petit Philippe Bertrand par Patrick Henry. Dans la foulée, Michel Poniatowski, alors ministre de l’intérieur se positionnait en faveur de la peine capitale. Six ans plus tard, le Brejneviste Robert Badinter, avocat de Patrick Henry, devenu ministre de la justice, veillerait à l’abolition de cette disposition. Michel Poniatowski, balayé par l’arrivée au pouvoir de la gauche, se retira un instant, devint député européen puis sénateur. Ces « Carnets de Tanger » sont le journal qu’il tint à l’occasion de ses nombreuses villégiatures aux portes de l’Afrique entre 1957 et 2001. Voisin aristocrate de la beat generation qu’il considéra avec beaucoup d’estime, il relate notamment les chasses au lion sous phényléthylamines de William Burroughs et les parties de Valet puant, menées tambour battant par un Truman Capote drogué et aviné, tirant sur celles et ceux qui lui résistaient. Importante fut l’influence de Michel Poniatowski sur ces jeunes gens ; à travers d’abondantes notes, il démontre que la Pompidolie eut sur Patti Smith et Robert Mapplethorpe un empire que les chroniqueurs rock se complaisent à taire (page 87 : « Bob pose sur mon guéridon la photo d’un homme nu, croupe offerte. Un objet que je n’identifie pas lui entrave le rectum. Je fais télécopier l’oeuvre à Claude Pompidou qui me répond par télégramme qu’elle en est enchantée et qu’elle m’attend pour le thé, samedi prochain, avec la photo, l’auteur et le modèle »). En 2001, malade et faible, Michel Poniatowski fait un dernier voyage à Tanger. Comme Matisse, il veut en apprécier les falaises depuis le ferry de Cordoba. On l’installe sur le ponton, une couverture de filoselle lui tient chaud, il lit Chateaubriand alors qu’au loin apparaissent les murailles de la Médina. Il trouve la ville vide, Burroughs, Capote, Matisse, Mapplethorpe et Pompidou sont morts. Il s’en retourne en France et note, sur la dernière page d’un carnet corné : « baguette, salami, jex vaisselle » puis s’endort dignement.

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