Philippe Boesmans « en vieillard sénile au cresson »

Celles et ceux qui ont eu le bonheur de fréquenter Philippe Boesmans dans ses dernières années savent qu’il avait reporté l’essentiel de sa sensualité sur la nourriture et que la perspective d’un repas — sans ail, précisait-il — le mettait dans un état de transe euphorique. Ainsi, le pain de veau d’Annick, le bar en croûte de sel de l’Ecailler, le coucou de Stephane, le potage de Madame Pandin, la salade d’avocat-crevettes du Mokafé, les solettes de Vincent, les asperges de Benoît, le spaghetti d’Hèlène furent-ils l’objet de tous ses fantasmes et de ses émotions les plus vives. Lors d’un dernier repas, il nous a demandé de prendre un portrait de lui “en vieillard sénile au cresson”. La voici, pour la postérité. Enseignement : ne jamais, surtout, se prendre au sérieux. Et toujours finir son cresson. Hier, il eut une dernière conversation avec Sylvain Cambreling qui le quitta à 19h30, Philippe lui demanda de l’emmener bientôt manger un canard aux pêches. C’est sur ce beau projet, de canard aux pêches, qu’il prit son envol. Nul grand voyage ne s’entame sans avoir d’abord dignement rempli son estomac.

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