Le Walvis est une institution Bruxelloise connue pour son café « fair trade » et pour son ambiance « flamand sympa ». C’est aussi le café qui fait face à mon bureau. Je vais donc, de temps en temps, tremper mes lèvres roses et délicates dans la décoction maison et j’y caresse des hampes censément flamandes de mes doigts désinfectés au dettol. C’est, à mon sens, l’un des endroits les moins conviviaux d’une capitale qui ne manque pas d’établissements tenus par des rustres. Il faut voir les serveuses, par exemple, arborer des bas aux couleurs improbables, elles-mêmes sales et poisseuses, le cheveu mauve, avec des piercings dans des orifices incongrus, un diamant dans la dent, qui retient un épinard, maugréer en flamand, une injonction, à moitié entre le « vous voulez quoi » et à moitié entre « non mais tu t’es vu, raté, bientôt tu seras mort et tu auras souffert ». Et moi, parce que je sais taquiner l’indigène, pour ne pas qu’il morde, comme on soulève la mygale par les fesses, je lui parle dans un flamand impeccable, mâtiné d’accent anversois, avec une classe à la fois sobre et poivrée d’abandon. Elle, de m’aboyer en français son injonction définitive, que je dois commander, ou qu’elle disparaîtra et que je le na reverrai jamais – et en français, évidemment, comme pour rappeler au stupide francophone qui s’ébat sous ses yeux, que quoi que j’en pense, les francophones ne parlent pas flamand, même s’ils le parlent couramment, ce n’est pas possible. Dont acte. Alors le barman rigole dans sa barbe qu’il a drue et se secoue, un peu, dans ses sandales, sur la musique, elle aussi « fair traide » et laisse flotter des dreadlocks graisseuses au gré de sa chorégraphie. Puis mon plat d’arriver, tiède et triste, résolu à être mangé avec dégoût et la serveuse de le lancer, comme on se débarrasse d’un grille pain sur l’autoroute et de grogner, une dernière fois, mais de manière définitive cette fois, pour notifier –et ce sera bien noté- qu’il ne s’agira désormais plus de la faire chier, pas même en flamand, que là, elle a des choses plus intéressantes à faire, comme de se croire belle, intelligente et rusée, alors qu’elle n’est qu’une sale pute qu’un abruti tringlera bientôt, en lui disant des « ik hou van jou » et ils pleureront parce que ce sont de gros cons.

Le Walvis a changé de propriétaires. Cette humeur appartient donc au passé.

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